Profitons un peu du silence... Observons avec empathie les fatigues qu’il digère. Inclinons le front sur les lectures qu’il tolère. Remercions-le des ébènes qu’il convie.
Sous les hurlements de la flamme des bougies, n’imaginons rien d’autre que le silence.
Epargnons-nous, quelques minutes, le divertissement.
Je regarde derrière le rideau. Ce rideau que je connais, sans être sûr, pour autant d’y trouver ce que je sais. Une autre image, d’une autre lumière, s’empare de mes yeux incrédules.
Un jardin. Un manteau. Un feuillage. Déshabille.
Un regard nettoyé. Pas nouveau. Pas vraiment différent. Un regard débarrassé. Pour l’accompagner de mots sans bruit.
Je regarde derrière le rideau. Ce que j’y découvre me reconnaît. Ce que je regarde me regarde. Et, comme un enfant, me regarde. Et me regarde comme si j’étais un enfant.
Et mes yeux, altérés par des larmes tranquilles, précèdent mes pas dans un espace accueillant et délicat.
Nous sommes vulnérables. Et forts.
Entre deux verres de liqueur, les musiciens sourient de leurs désastres, s’amusent de leurs échecs. Parce qu’ils savent que rien n’est plus important que leur rencontre, que leurs échanges et que leur respect réciproque. Rien ne vaut ce moment où ils écartent les rideaux pour que leur sourire se reflète dans les yeux éblouis. C’est une chance, un miracle, un espoir que d’avoir un autre langage que celui des mots…
Jaromil Abdera
Avec la participation amicale de Rodolphe D. narrateur sur Anges Stériles et sur Le sommeil des tortionnaires
Merci à Fanny Tolosa pour ce portrait, à Jean-Pierre Porras pour les images, à Syl pour cette page.
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