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  Infinitet Collective Ensemble


Infinitet Collec...

Rennes
France
Infinitet Collec...

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  • Genre : neojazz freestep
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Toute la PrésentationPrésentation

Pour tous les jeunes hussards de notre génération, la première rencontre avec l'ICE s'est souvent résumée à cette phrase que Chris DeJung, alors critique au New York Tribune, aurait eu après un concert de Charlie Parker et Dizzie Gillespie en 53 : "Ce sont des barbares qui sont venus brûler Carthage !" La seule différence pour nous résidait dans le fait que nous pensions qu'il ne restait rien de Carthage, que tout avait été fait et que rien de fondamentalement nouveau ne verrait plus le jour. J'étais allé ce soir là assister à une performance de Louis Sclavis lors de la saison des concerts de Jazz de Quéven, oasis d'avant-garde dans le désert interceltique de cette époque, où l'on pouvait voir les mythes américains, de Mal Waldron à Gary Peacock, frayer avec les fils de la révolution Free Jazz parisienne, Simon Goubert ou les frères Moutin. Sclavis jouait à cette époque dans l'une de ses géométries variables les plus folles avec Jean-Pierre Drouet aux percussions et Dominique Piffarély au violon. Nous nous attendions tous à vivre ce soir là un grand moment, digne des expérimentations débridées auxquelles le clarinettiste nomade nous avait habitué. Néanmoins, l'évènement n'eut pas lieu à cet instant, mais s'est manifesté de manière légèrement anticipée dans une syncope digne des plus grands soli d'Elvin Jones. En effet, en cet été 2000, Comme tout grand voyageur, Sclavis portait dans ses valises quelques pépites locales à faire découvrir aux autochtones blasés; et en cette nuit du 18 Août ce fut l'ICE qui éclata pour la première fois à la face du monde, plein de bruit et de fureur, dans une première partie de feu dont l'onde sismique ne finit pas de se répercuter.

Il fallait déjà du culot (ou de l'inconscience ?) pour se présenter à huit sur scène en se nommant "Infinitet". Ma première réaction, lorsque je les ai vu s'installer à dû alors consister à me tourner vers mon voisin pour lui glisser : "je ne sais pas de quel infini il s'agit, mais il semble qu'il soit plus proche de l'infini en puissance que décrit Duns Scott, que d'un infini en acte!" Il faut dire qu'à l'époque, non seulement nous avions l'habitude de voir des premières parties pathétiques où des jazzeux amateurs venaient nous gratifier de boeufs où à défaut de Mozart, c'était Coltrane qu'on assassinait, mais de surcroît, le New Thing français fumait des cendres encore chaudes de la scène parisienne, incendiée dans les années 70 par tous les musiciens que l'Amérique nous avait envoyés comme on vous envoie des chiens enragés sans se douter que parmi nous il y avait des Pasteurs. A cette époque, presqu'un siècle après que le Titanic eut sombré et que John Cage fut venu au monde, on pouvait encore voir Archie Shepp à l'institut du monde arabe avec un orchestre de Gnawa faire revivre les chorus du Panafrican festival de 72, ou Sunny Murray et Don Cherry au Sunset perpétuer les mythes aylériens. Nous étions donc tous, à la fois au diapason de la flamme créatrice la plus vive, et en même temps, dans le regret d'être nés trop tard et d'avoir manqué la naissance de cette révolution, dont nous ne pouvions que jouir des bienfaits. Nos esprits semblaient libres, mais rien ne nous avait préparé à ce qui s'annonçait...

Le concert commença par le désormais célèbre "Pink thing" où la transgression musicale n'a d'égale que la violence verbale toute bataillienne tu texte qui a été lu à cette occasion et qui a coutume de changer à chaque représentation au gré des humeurs des musiciens. Cette fois-là nous eumes droit à une longue litanie d'Antonin Artaud, déclamée en créole par Franck Jean-Michel l'un des deux basistes du groupe. La syncope de la langue d'Artaud traduite dans une langue elle-même déracinée, mixte, clivée entre son origine africaine et son polissage occidental, correspondait à merveille à la destructuration totale des conventions passéistes de notre système tonal. Dans la lignée des Ornette Coleman ou des Peter Brötzmann, s'amorçait alors un virage décisif dans la conception de la projection des sons dans l'espace : Le temps Mou.

Comme Pierre Schaeffer le remarquait dans son Traité des Objets Musicaux, "l'écriture consiste en fait à inscrire la musique dans un espace abstrait à deux dimensions : les hauteurs et le temps". Mais le temps est-il pour autant une condition nécessaire de notre perception de la musique. Est-ce un principe a priori de notre sensibilité dont la musique ne pourrait pas s'extraire ? Selon Kant, ou même Husserl que cite Schaeffer, cette donnation phénoménologique du temps à travers l'élément temporel serait indépassable dans la mesure où elle constituerait la condition même de cette donnation, c'est-à-dire son cadre transcendantal. C'est en ce sens que Schaeffer proposait de passer d'une idée de la musique qui se donne dans le temps abstrait de la représentation et est toujours limitée par elle, à la considération d'objets musicaux se manifestant dans une pure durée.

La reprise de cette opposition bergsonienne continuait néanmoins à poser un problème auquel toute la musique contemporaine s'est heurtée et se heurte toujours : l'objet musical que l'on tente de manifester hors du temps reste un objet. Il reste la construction d'un sujet qui se représente et manque ainsi la présence de la chose même. L'intellectualisme de la musique contemporaine ne pourra jamais dépasser le cadre de la représentation et manifester la musique dans sa pure volonté tant qu'elle prendra pour principe la réflexion elle-même.

Sans l'intellectualiser de cette manière, c'est peut-être cela qu'ont compris les plus grands compositeurs de Jazz depuis Ellington jusqu'à Steve Lacy. Ce n'est pas en tentant de se pro-jeter hors de lui qu'on échapera au temps et que l'on pourra, selon le mot de Heidegger, "habiter le monde en poètes". Au contraire c'est en le travaillant dans sa chair, dans ce qu'il a de plus intime que l'on peut tenter de le mettre en crise en provoquant chez l'auditeur une crise qui consumera en lui le cadre à travers lequel il se donne au réel. Tel est bien, ce me semble, l'objectif de ce que Jean-Michel Routeau, le grand démiurge rythmique de la structure "temporale" (et non plus temporelle) de l'infinitet, a une fois nommé "temps mou" (cf. interview dans The shape of Jazz to come N°35). Ce temps mou est tout sauf un concept lâche et proposé à la légère. Jean-Michel Routeau, avant d'être ce batteur singulier qui a insipré toute une génération de jeunes batteurs français, était en effet journaliste à Science et Vie et eut l'occasion d'écrire plusieurs articles sur les neuro-sciences et en particulier sur le concept d'Isomorphisme. Selon cette théorie, quelque part, dans notre cortex auditif, se trouve une aire où les neurones ont une réponse d’activation avec une représentation topographique du cercle des quintes pour la perception des musiques tonales. Seulement, à partir du moment où nous sommes en mesure de quantifier et reproduire les shémas de réponses du réseau (ce qui a été tenté au moyen d'un appareillage informatique à partir du Clavecin bien tempéré de JS Bach), il devient alors possible d'anticiper sur la manière dont la multiplicité des objets perçus se formalise en un seul donné neuronal.

Or, ce n'est rien de moins que cela que se propose d'accomplir l'Infinitet Collective ensemble. Non pas sortir du temps par une quelconque extase mystique, mais surintellectualiser notre manière d'être-au-temps pour "brouiller" l'encodage que notre culture nous a donné l'habitude de produire. Mais pour cela la théorie n'est qu'un pis-aller qui restera toujours infiniment loin de la pulsation jazzistique qui flux entre les membres d'un combo. Le temps mou doit ainsi se comprendre comme une manière de plastifier le rythme (au sens où il devient plastique et métamorphosable à volonté, mais également au sens où cette opération a pour but de le faire exploser). La syncope, le bégaiement, la suspension ne sont que des moyens pour manifester l'être au sein duquel les étants que sont les choses sonores se donnent. On pourra parler de "vélocité du silence" comme dans les premières mesures de Chappaqua Suite ou de métronomisation cosmique comme dans les derniers concerts du sextet de Sun Ra au Village Vanguard, on sera toujours infiniement loin de ce que ces termes essaient maladroitement de désigner.

Nous-même nous ne prétendons pas proposer avec cette étude ou avec le concept de "temps mou" un vocable plus adéquat, mais nous voulons plus simplement nous promener en observateur attentif le long d'un nouveau chemin qui ne mène nulle part, tout en comprenant que ce grand nulle part est l'esprit même de la musique en général et du jazz en particulier, ce que nos ancêtres nommaient le Swing et ce que nos fils trouverons le moyen de nommer d'une façon encore différente. Néanmoins, toujours l'insurrection du corps sera première et il est à parier que dans cette lutte du dyonisiaque contre l'appolinien, l'Infinitet sera un jalon incontournable pour ceux qui poursuivront la lutte.

Federico Orsopaese, in La Gazetta dello New Thing, 2000

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Tous / Poster un commentaire Commentaires reçus (11)

Misty Socks

De : Misty Socks



Posté le Jeudi 23 Octobre 2008

dodes k'den

De : dodes k'den


Bonsoir Infinitet Collec...,

Le dodes k'den vous invite à (re)découvrir deux nouveaux titres.

Bonne écoute.

a+

bambs


Posté le Jeudi 22 Mai 2008

ZitO

De : ZitO


Salut à toi je vois que tu connais notre ploukistan!!! au plaisir

Kenavo et à bientôt

Chris


Posté le Lundi 14 Avril 2008

alessa

De : alessa


Oui c'est vrai que c'est spéco haha c'est que je suis un peu spéco moi-même. Disons, pour aller vite, que ma musqiue est le fruit d'un long travail sur l'altérité : l'autre, ce miroir qui nous renvoit à nous-même.

Quelle est-elle, cette "il", quel est-il, cet "elle".

Ca va bien plus loin que la détermination biologique, pour le coup.

Ca n'a pour ainsi dire rien de sexuel.

 

En espérant avoir pu vous éclaircir,

 

Cordialement,

Nico. 


Posté le Lundi 14 Avril 2008

ZitO

De : ZitO


Salut les gars!!! ça respire la bonne humeur ici un plaisir

Kenavo

Chris


Posté le Vendredi 11 Avril 2008

Digitalbaicyn

De : Digitalbaicyn


je doi dire que votre musique  et extrement emotive !!

bravo  bonne  continuation !! 


Posté le Vendredi 11 Avril 2008

Tyne

De : Tyne


Eh bien moi, je me rappelle très bien de Joe...!

Posté le Mercredi 09 Avril 2008

La matrice sensi...

De : La matrice sensi...


Hum, oui alors concernant ta remarque à propos du champ de température, euh bon je ne pensais pas avoir affaire à un spécialiste sur ce site, alors voilà les détails : le modèle thermoacoustique que je propose dans le cadre de mes travaux de haute volée repose sur un certain nombre d'hypothèses, notamment on suppose que la température moyenne sur une période acoustique dans le fluide est égale à celle du solide, elle est a fortiori indépendante de y du fait de sa faible variation à l'échelle des temps acoustiques, d'où: Tmf(x,y)=Tms(x,y)=Tm(x), CQFD dans ta face !!! Bien entendu, ces simplifications quelque peu cavalières sont validées expérimentalement par mesures PIV, fil chaud et thermographie IR, cela va de soit...

Concernant votre musique, je suis passé par un certain nombre d'émotions, l'excitation et la peur (Big Cocky), l'errance et la perdition (Nign) et l'envie de pogoter mon derrière suivie d'une certaine perte de mon groove légendaire (Highway star). Bravo !

Vive la thermo. yeuf


Posté le Jeudi 03 Avril 2008

alessa

De : alessa


Ouais, les zozos du bento sont des sacrés zigues.

Bravo pour vos titres où la technicité le dispute à la chaleur des tubes le dispute au temps mou le dispute à l'attitude provoc'.

D'ailleurs j'aime moi aussi le zeule, surtout les flaps de Christophe Mander.

 


Posté le Jeudi 03 Avril 2008

anonyme_2008-06-...

De : anonyme_2008-06-...


Miaw ?

 


Posté le Jeudi 03 Avril 2008

Bento Project

De : Bento Project


Enfin un peu de musique... Au prieuré, on ne peut que se féliciter de voir que la nouvelle "Battle Rock" drague enfin en ses terres pétries de politiquement correct quelques esprits revêchent où brûle l'âme incandescante du vrai rock français.

 


Posté le Mercredi 02 Avril 2008


 

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