Axe Riverboy: Le Projet Solo de Xavier Boyer de Tahiti80 On attend toujours des projets solos qu’ils soient des révolutions de palais. Si un musicien s’éloigne pour un temps de son environnement familier, c’est forcément qu’il a quelque compte à régler et qu’un bouleversement guette. Et pourquoi donc, après tout ? Le projet solo est aussi cette excursion nécessaire aux expériences collectives à venir. L’artiste suit une sorte d’itinéraire bis et rentre un peu plus tard à la maison, ragaillardi par cette balade solitaire. Xavier Boyer est ainsi devenu Axe Riverboy, déplaçant les lettres de son nom dans une anagramme comme si sa fugue à lui avait été l’occasion de bousculer son identité musicale.Maisl’anagramme a cette vertu d’intervertir les éléments d’un ensemble sans qu’un seul ne pût être enlevé ou remplacé : on doit faire avec ce qui est là, à portée de main. Xavier a donc composé et enregistré Tutu To Tango seul ou presque, redécouvrant la simplicité d’une pop de chambre aux accents folk. On attendait que tout cela soit chanté en français et nous raconte peut-être une jeunesse inondée du soleil Beatles-Byrds-Big Star. Mais l’anglais est cette langue maternelle, originelle dans laquelle s’expriment les voix pour qui la mélodie prime. Tahiti 80, dont Xavier est l’un des pivots mais surtout la voix, a déjà prouvé en s’exportant à merveille que les Français savaient défendre leur part d’un héritage anglo-saxon devenu patrimoine de l’humanité. A deux pas du collectif dans lequel il s’est épanoui, puisque Pedro Resende a co-réalisé l’album et mixé quelques titres avec lui, Xavier propose aujourd’hui un folk mélodique comme bercé d’une aube orangée qui dit la quiétude, les promesses et les risques d’une échappée solitaire, et dont les premiers mots sont éloquents : « Let me drop my guard and see what I can do without ». Suit alors un album à la cohésion subtile, langoureux comme un dimanche de vacances à la campagne, quand le vent et l’eau deviennent les premières rythmiques sur lesquelles on grefferait volontiers une jolie mélodie. En ce sens, Tutu To Tango pourrait être le premier Ram composé par un Français : un panorama de sensations et de sentiments que dix chansons déplient doucement tout en n’oubliant pas, au détour d’un Roundabout extatique, que l’on aime aussi courir comme des petits fous en s’imaginant au volant d’un bolide de compétition. La magie des disques qui d’une certaine manière cherchent l’origine fait qu’ils trouvent l’originalité presque par mégarde, parce qu’elle n’est plus une fin en soi mais le résultat d’une rencontre avec l’harmonie. Axe Riverboy, sans être une version allégée des projets collectifs, puise sa force dans la nécessité qui l’a accompagné et qui l’a vu se bâtir rapidement, comme une évidence, mais sans précipitation. Tony Lash, depuis Portland et après son travail sur Wallpaper for the soul de Tahiti 80, a mixé la plupart de ces chansons, leur apportant le regard de celui qui avait déjà compris celles d’Elliott Smith. Référence qui n’est pas anodine à l’écoute de Tutu To Tango : même orfèvrerie soucieuse, même douceur et même ténacité. Axe Riverboy répond aussi à cette volonté d’emprunter un savoir-faire dépouillé pour voir réapparaître l’essence de la chanson pop la plus lumineuse, afin qu’enregistrée, elle touche autant que lorsqu’elle est apparue à l’état brut. Et qu’elle donne le même plaisir que si elle était jouée devant nos yeux, le plus simplement du monde. Matthieu Remy |